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La « Malouessantine »

    C’était la dernière chance pour faire une longue croisière pour finir la saison de navigation 2021. Et pour avoir un objectif un peu ambitieux, Saint Malo avait été retenu, avec l’idée de retrouver les belles escales que nous avions connues lors de la croisière des Anglo Normandes en juin 2019. Mais les caprices météorologiques de 2021 ne nous lâchent toujours pas. Et dès le premier jour de navigation BRIDAN va renâcler arguant du fait que si c’est comme les précédentes fois, ce n’est pas la peine de partir si loin, autant rentrer tout de suite ! Michel propose alors : « si tu veux on rentre demain ». Daniel réfléchit et décide de poursuivre tout de même pour les quelques jours à venir.

Dimanche 19 septembre : Kérity-Audierne

     Après avoir avitaillé les bateaux les jours précédents, et retardé d’une journée pour cause de vent défavorable, 3 partants se retrouvent sur la ligne de départ à 8 h15 pour larguer les amarres : ENAWEN (Michel) et BRIDAN (Daniel) de la petite jetée et REMI2 (Thierry et Bénédicte) de La Poire.

    Les voiles sont hissées dès le port pour ENAWEN et BRIDAN, tandis que REMI2 attendra prudemment la sortie du chenal de Pénarguer et ce sera la dernière fois qu’on aura REMI2 derrière nous. Et ce sera aussi très rapidement qu’on ne le reverra plus que de loin. L’allure au près serré ne le dérange pas trop, alors que les 2 autres sont déjà à la peine, déjà 2 heures qu’on est parti et on dépasse tout juste Menhir !

     REMI2 sera le seul capable à tenir le cap sur le raz de Sein, les 2 autres vont « ramer » pour se contenter de rallier Audierne. La mer est hachée, le vent difficile, la houle fatigante… pour BRIDAN c’est un peu délicat !

     Finalement, après 2 ou 3 virements de bord, ENAWEN en longeant la côte et BRIDAN s’en étant éloigné, se retrouvent devant Audierne et s’amarrent aux pontons visiteurs à 15 h30 (31 milles nautiques parcourus). REMI2 qu’on ne côtoie plus que par VHF passe au même moment le Raz de Sein et poursuivra sa course du jour jusqu’à Camaret.

     Pour les 2 autres, un petit verre de Porto au bar, face au ponton des bateaux de pêche pour se requinquer, repas léger sur ENAWEN, chacun sa « crougnoutte » et dodo.

Lundi 20 septembre : Audierne-Sein

     Réveillés par le responsable de la capitainerie du port d’Audierne qui nous fait acquitter la redevance de nuitée, il nous apprend que le vent sera nul aujourd’hui ! Bon ça commence bien, on avait prévu d’aller à Sein.

9h30 : on quitte le ponton

9h45 : on hisse les voiles et on cape direct sur Sein. Avec un vent parfait aussi bien en force qu’en direction. Merci pour la fausse prévision météo ! Tant mieux ! Les 2 bateaux sont au diapason.

12h30 : on jette l’ancre dans le port de Sein ! Arrivant à marée basse on se fait un peu gratter la dérive pour trouver une place à profondeur suffisante pour la prochaine marée basse. BRIDAN par prudence installe ses béquilles… et il a bien fait parce qu’il se posera délicatement vers minuit. ENAWEN fera de même sur sa semelle et ses ailerons en fonte. Parlant de poisson, Michel et Daniel dormiront eux sur leur Saint Pierre. Ou tout du moins tenteront de digérer le prix toujours aussi exorbitant de ce plat qu’ils ont pris à la Case de Tom (un Casse-Tirelire !). Endroit qu’ils s’étaient pourtant jurer d’éviter lors d’une précédente escale … mais il n’y avait que ce resto d’ouvert en ce lundi soir !

     REMI2 bénéficie de 9 nœuds de vent bien orienté et, après avoir envisagé de pousser jusqu’à l’île de Batz, fait finalement escale à Brignogan, le vent étant tombé.

     Leur RM 9.80, plus grand et plus rapide que nos unités, leur permettent des vitesses plus rapides (au-delà de 7 nœuds de moyenne) et donc des étapes plus longues. De plus ils ont une date butoir d’arrivée à Pontrieux autour du 23-24 septembre.

Mardi 21 septembre : Sein-Camaret

     Après la très belle navigation de la veille, on est gonflé à bloc d’optimisme.  D’autant que les prévisions de direction et de vent permettent de croire en la possibilité de rallier Ouessant. On a 27 milles nautiques à parcourir et on lève l’ancre à 9h15.

     Un peu gris, un peu froid et surtout un peu de vent  mais surtout de face. On entame une longue période à 30° du cap voulu… on s’écarte, on se traine ainsi jusqu’à 11h00. L’heure estimée d’arrivée à OUESSANT dépasse largement minuit !!!

    Moral dans les chaussettes, on lance le plan B : direction Camaret au moteur.

14h00 : le vent forcit sensiblement, on coupe le moteur et miracle ! ça avance bien 3 – 4 – 5 nœuds pour aller jusqu’à destination.

16h00 : ponton visiteurs au port du Notic à Camaret

17h00 : un pot au bar du port

     A noter les accompagnements sympathiques de nombreux dauphins tout au long du parcours. Photo et vidéo en témoigneront.

      REMI2 continue son avancée et mouille ce soir dans le superbe petit port de Primel-Tregastel.

     Travaux électriques et connectiques sur ENAWEN pour faire communiquer la position et l’AIS entre VHF et GPS … pas faciles et … peu de réussite.

     Petite « crougnoutte » sur ENAWEN et dodo

Mercredi 22 septembre : Camaret-Molène

     Bonne nuit calme avec grasse mat’ puisqu’il nous faut attendre la marée haute pour obtenir le courant montant dans le chenal du Four. Michel en profite pour se relancer dans le paramétrage de du GPS et de la VHF et oh, miracle, tout fonctionne maintenant.

     Hier soir nous pensions faire encore une escale continentale au Conquet, et finalement on tente Molène.

     A midi on quitte notre ponton et nous voilà traversant l’anse de Camaret direction la pointe de Saint-Mathieu. Petit vent de travers jusqu’à 13h00, un coup de molle corrigé rapidement par un bref coup de moteur car le vent revient. Toujours de travers mais un peu plus fort pour faire filer BRIDAN entre 3 et 5 nœuds. ENAWEN est un peu en arrière car Michel au retour d’une manœuvre à l’avant a voulu faire du  trampoline sur sa capote de descente. Mais ses 2 mains ont pris appui sur des coutures mal révisées et tout s’est déchiré ! L’urgence de la réparation au rouleau adhésif a pris le pas sur la vitesse ! Un retour de BRIDAN sur ENAWEN pour porter une assistance désormais inutile puisque la capote est enrubannée façon Christo !

    La croisière reprend son cours, les voiles bien réglées sur le travers on file à 4-5 nœuds bien aidés par le courant qui commence à se faire sentir. Voile en ciseaux pour finir en passant la Pointe de Saint-Mathieu à 14h30. Changement léger de cap pour pointer sur Molène et changement brutal d’allure avec le courant qui fait planer le bateau à des vitesses  de 6-7 nœuds. Le foc est ré-enroulé la grand-voile suffit largement. 

     Rapidement l’état de la mer change aussi et les marmites nous bousculent en tous sens. BRIDAN persiste à n’utiliser que la force vélique, quand, venant d’ENAWEN retentit à la VHF : « Mets ton moteur, qu’on sorte vite de cette m… ! » impérieux conseil immédiatement exécuté pour plus de vitesse et de stabilité… ça va beaucoup mieux.

     Pas facile quand même d’être chahuté comme ça pendant près de 2 heures. Mais on aborde enfin les côtes de Molène, toujours dans les marmites, alors  pour plus de sécurité la grand-voile sera affalée au plus près des bouées. OUI des bouées toutes neuves sont désormais au nombre d’une vingtaine là où auparavant il fallait mouiller à l’ancre dans les cailloux. C’est bien plus rassurant.

     17h00 : amarrage à ces nouvelles bouées. Ensuite c’est l’annexe d’ENAWEN pour aller au port et pour effectuer  une balade dans le village. Atmosphère très particulière sans grande identité esthétique, mariant de rares belles maisons anciennes avec des constructions plus anarchiques, un peu bric-à-brac, entremêlées de petits passages… une impression un peu gênée pour le visiteur de rentrer dans l’intimité de la vie modeste des habitants. On sent qu’ici c’est dur, c’est laborieux et que l’espace est réduit : point de centre bourg, point de route, que des petites ruelles sinueuses, 2 ou 3 arbres en tout et pour tout, de tous petits jardinets… On est loin de l’attractivité accrocheuse de Sein par exemple. Par contre on a de l’authentique comme les nombreux petits bateaux de pêche qui attendent à la côte ou ceux qui sont en hivernage sur des bers à côté des étendues de goémon qui sèche et qui sert à fumer la spécialité locale : la saucisse de Molène.

     Et pour achever  la journée : une bière chez Rachel et un bon plat de frites avec la saucisse de Molène fumée au goémon. Pas cher et bien bon et de plus servis gentiment à l’abri du vent dans le grand gîte attenant au restaurant, ouvert pour nous.

Jeudi 23 septembre : Molène-Ouessant

     Une bonne nuit bien calme sur ces nouvelles bouées de Molène. Et un départ tardif pour attendre les meilleurs courants porteurs vers la baie de Lampaul à Ouessant. En quittant Molène, un dernier regard sur le profil de l’île laisse une impression attachante : bien que très basse et d’une faible élévation en son centre par son clocher, on dirait un petit Mont St Michel… bien aplati tout de même !

    C’est donc à 11h30 qu’on quitte nos bouées si confortables. Et bonne surprise, sans doute par l’absence de vent, la mer très formée qui nous avait accueillis hier à l’approche du port est plate comme une galette bretonne. On passe donc tranquillement au Nord de Molène en suivant la trace d’autoguidage de nos GPS Garmin au travers des quelques roches qu’il vaut mieux éviter.

     Pendant ce temps, après avoir fait étape hier à Port-Blanc, REMI2 attend 13 heures pour bénéficier de la marée et des courants pour couvrir les 22 milles nautiques qui le sépare de Lézardrieux.

     Pas de vent pour nous, donc moteur ? et bien non pas forcément, car ici, le courant quand il est favorable est un pousseur efficace. La preuve : on avance, moteur au point mort par sécurité,  entre 4 et 5 nœuds.

    Alors tranquille ? pas tout le temps non plus. A l’approche de la Jument et en traversant le  passage du Fromveur, ça balance dans tous les sens pendant une grosse demi-heure. De plus, les roches de toutes dimensions se montrent des défenses redoutables pour entrer dans le bastion de granit que représente l’abri de la baie de Lampaul. Le GPS est un équipier indispensable dans ce secteur.

     Bref toutes les difficultés sont contournées et c’est sous un soleil radieux qu’ENAWEN et BRIDAN trouvent leurs bouées à 13h45. Environ 2 heures pour 10 milles nautiques. C’est bon !

     Un apéro sur ENAWEN, une heure de sieste, une réservation de 2 vélos électriques pour demain,  un tour au bourg de Lampaul, un café et retour pour un cassoulet sur ENAWEN (sans surprise !) et… dodo !

Vendredi 24 Septembre : Ouessant (relâche touristique)

     Cette journée se présente bien avec un beau soleil. Même si le fort roulis dans la baie de Lampaul a bien gêné Daniel. On prend possession de nos vélos électriques vert fluo (28€ / la journée) et c’est parti pour la Grande Boucle type Tour de France mais remis à l’échelle de nos capacités (Ouessant c’est 7,5 km de long et 3km de large).

     Mais nous allons pouvoir rejoindre tous les points remarquables.

     En matinée partant de Lampaul vers l’Est : le port du Stiff (départ de la Scillyçoise en août 2018), la tour radar et le phare du Stiff, la plage d’Arlan donnant sur le phare de Kéreon, une rencontre inattendue dans la petite chapelle de N.D. de l’Espérance d’où s’échappait un joli chant breton… une chanteuse seule profitant de son propre écho. Puis une descente vers le sud-ouest pour aller jusqu’à la vue sur le Phare de la Jument, et en passant devant un petit port naturel appelé Port Coret ou Goret (ce nom est plus évocateur pour ceux qui sont allés mouiller devant le port du même nom à Jersey !)

    Un déjeuner sous parasol à Lampaul au Fromruz et c’est reparti vers le Nord-Ouest : le phare de Nividic dont l’électrification et l’acheminement des gardiens se faisaient en aérien par le biais de piliers colossaux en béton et d’une nacelle. Les rochers en mer comme sur terre sont de taille impressionnante. Le phare du Creac’h est enveloppé d’une carcasse d’échafaudage pour une totale rénovation. Son maillot rayé noir et blanc n’est donc pas visible en ce moment. Les bâtiments annexes abritent un musée des phares et balises : vieux films sur les gardiens de phare, les bris et les naufrageurs à l’époque où la pauvreté des bretons a poussé certains au pillage d’épaves, et les incontournables lentilles de Fresnel …(les seules lentilles d’intérêt aux yeux de Michel !). Enfin un petit plongeon, non pas dans l’eau, mais dans le passé en s’arrêtant au tout petit écomusée de l’île : une petite maison de ferme de 2 pièces avec les célèbres lits bretons, pas si petits que ça… Daniel s’étant couché devant pour en apprécier la longueur. Encore quelques kilomètres dans la lande couverte d’ajoncs et de bruyères avec l’arrière-plan bleu roi de l’océan avant de rendre nos montures à Lampaul.

     Un mot quand même sur l’impression d’ensemble. Ouessant est bien plus grande que Molène. Il y a des routes, il y a des voitures et de nombreux loueurs de tout type de véhicule… bref le tourisme est un moteur économique qui tourne et dont l’île profite ainsi que ses habitants. Sans être ostentatoires les maisons souvent anciennes sont agréablement entretenues comme les jardins aussi et il y a de la place pour que le paysage satisfasse les promeneurs. Les vues sur mer  du haut des falaises et les landes aux couleurs chaudes combinent les contrastes, surtout lorsqu’on fait face aux énormes blocs de granit de la pointe ouest de Pern. Et ne pas oublier le mouton noir d’Ouessant qui se tond et qui se mange aussi !

     Pour le dîner, un excellent restaurant, le Roc’h Ar Mor qui nous a proposé : Œuf à 64° avec sa bisque d’araignée, Lotte et Gigot d’Agneau farci aux fruits secs, Crumble et Financier. Apéro et 2 verres de vin pour accompagner tout ça et retourner avec l’annexe se coucher !

     Contrat rempli pour Bénédicte et Thierry qui ont amené finalement  REMI2 à Pontrieux dans les délais qui leur étaient impartis.

Samedi 25 septembre : Ouessant-Camaret

     Une nuit encore avec du roulis et la bouée qui cogne sur la coque. Repli stratégique sur BRIDAN, le sac de couchage de la cabine avant est installé sur une banquette du carré… c’est déjà plus silencieux. Nuit correcte.

     De bon matin, à 7h45 tout parait OK pour partir à 9h00 à destination de Camaret. Sauf un petit détail, deux bancs de brume  semblent  couler par le bourg de Lampaul et la plage de Korz… et un quart d’heure plus tard on est encerclé par le brouillard ! Notre planning de départ n’est plus valable, il  faut attendre 10h45 pour larguer les amarres et recommencer à voir ce qui nous entoure. Et en particulier le RARA AVIS de Brest, le 3 mats que l’on apercevait la veille au nord-ouest de Ouessant et qui cette nuit est venu s’abriter à Lampaul.

     Mais à la sortie de la baie, le brouillard fait de la résistance et on n’y voit pas grand-chose. BRIDAN qui n’a que des petits feux de secours, suit comme un petit toutou ENAWEN avec ses vrais feux de navigation. On voit bientôt  La Jument surgir comme un géant de la brume avant que de se retrouver à nouveau dans une zone de marmites. Enfin à 12h30 on sort de cette passe délicate, plus de brouillard ni de marmite. Tout cela au moteur car le vent est aux abonnés absents.

     Vers 13h00, ça « soufflote » un peu. ENAWEN se met à la pêche, sans succès, et BRIDAN hybride moteur et voiles pour dépasser de temps à autres les 4 nœuds. Puis le vent ayant forci, ça accélère en allure au près. BRIDAN file à 4-5 nœuds  en passant toute la zone des Pierres Noires. ENAWEN suit.

     A 15h30 le vent s’évanouit ! Moteur nécessaire pour parcourir les 9 derniers milles nautiques qui nous séparent de  Camaret et arrivée à 17h00 en bout de ponton E du port Notic.

     Il fait chaud. Douche immédiate suivie d’un bon cocktail base Rhum- Grand Marnier à la Rhumerie.

Repas Pates-Thon sur ENAWEN et…

Dodo !

Dimanche 26 septembre : Camaret (relâche météo)

     L’examen des prévisions météorologiques nous donnent une nouvelle fois des soucis avec un fort coup de vent annoncé dans la nuit de dimanche à lundi. Nous forçant à une nouvelle relâche mais au moins dans un port bien protégé comme celui de Camaret, ça ne se refuse pas.

     Donc la matinée est tranquille avec un moment consacré le matin à porter sur papier nos aventures quotidiennes et à se promener dans les petites ruelles qui n’ont pas vue sur le port et l’après-midi jusqu’à la pointe du Toulinguet en passant  par les quartiers populaires des hauts de Camaret.

     Une soupe pour Daniel et du plus consistant pour Michel, et normalement ensuite c’est dodo !

     Dodo tout de suite oui, mais entre 2h et 4h du matin, dodo plus possible ! Le vent hurle dans les haubans et la mer du port se « déchaine » ( faut pas exagérer non plus, mais c’est rare de voir des vagues moutonner dans un port, surtout de nuit avec les éclairages  qui mettent en valeur les embruns, 42 nœuds de vent sont enregistrés sur l’anémomètre d’ENAWEN). Mais tout ça c’est de l’énergie en mouvement… qui finit par déplacer et faire remonter son annexe sur la poupe d’ENAWEN, adoptant la position d’un alpiniste bloqué sur une paroi verticale.

     Bref la nuit est entrecoupée et bien agitée… on finit par se rendormir sur le matin.

Lundi 27 Septembre : Camaret (2ème relâche météo)

     Au lever, la situation ne rend pas très optimiste, le vent est toujours soutenu et la mer reste agitée d’après les pêcheurs de retour de leurs activités très matinales. Rapide conciliabule  pour convenir d’une nouvelle nécessité à relâcher une journée de plus.

     On en profite pour remettre l’annexe en bonne position et constater que le pavillon national n’est plus arboré, ne reste que l’embase du mâtereau, cassé probablement par le choc de l’annexe dont un aviron est d’ailleurs tordu. On se dirige donc vers le Comptoir Nautique pour remplacer tout ça. On ne trouve qu’un petit modèle. Michel est déçu mais pas longtemps car le moignon de mâtereau et le pavillon, assurés prudemment par un bout, pendouillent encore le long de la coque d’ENAWEN. Une petite réparation et voilà ENAWEN arborant à nouveau ses couleurs !

     Reste à occuper notre après-midi. La promenade de la veille nous ayant mis en jambe, on remet ça direction la pointe de Pen Hir. Avec de belles découvertes à la clé : les menhirs de Lagatjar, une centaine ont été redressés sur les 600 d’origine élevés sur cette vaste lande 2500 ans avant notre ère, puis les ancres de Kerbonn dressées un peu plus loin par un passionné d’histoires maritimes de la guerre de 39-45 qui a créé un petit mémorial dans les vestiges de blockhaus construits par l’armée allemande. L’ensemble méritait bien ce détour d’une dizaine de km.

     Retour au port avec une activité exceptionnelle par le tournage de quelques séquences d’un téléfilm produit par France 2. « L’Île Prisonnière » sera le titre d’une série en 3 épisodes. On y a reconnu un acteur qui figure actuellement au générique de « Scène de ménage » Yannick Mazzilli.

Voilà pour cette journée !

Mardi 28 septembre : Camaret-Morgat

     Bon les prévisions ne sont toujours pas extra mais quand faut y aller faut y aller ! Ben on ne va pas être déçu !

     Départ 9h15 : 2 ris dans la grand-voile et c’est parti. Ça bouge dès la sortie de la jetée mais on fait un près avec un bout de génois qui va se rétrécir au fur et à mesure qu’on remonte le long de la pointe de Toulinguet. On fait facilement du 5 à 6 nœuds mais ça gîte et la mer est très agitée. Et la pluie se met à tomber.

     On vire à 90°sur babord pour filer vers les tas de Pois. C’est de pire en pire, on est au moteur avec la grand-voile en appui. Sur BRIDAN le pilote fait ce qu’il peut et le skipper aussi pour garder une distance suffisante pour passer cette séquence un peu fantomatique, tout est filtré en gris par le rideau de pluie.

    Ça tape dur sous et contre la coque, et c’est difficile de ne pas gîter sous la frappe des vagues qui nous attrapent par le travers. On tient bon, il ne pleut plus, et on laisse  prudemment sur babord  l’affleurement des Chevreaux pour pointer le Cap de la Chèvre.

     C’est  vers midi que ce cap est passé en l’arrondissant largement car les vagues de houle sont impressionnantes. On va récupérer l’usage de la grand-voile en pointant sur Morgat.  C’est un vent portant qui nous pousse à 4, 5 puis 6 nœuds et on se méfie des empannages intempestifs (merci le frein de bôme). Mais ça passe et le cap est presque parfait pour atteindre le port en un seul bord. On affale avec plus ou moins de difficultés tant la mer est grosse encore.

     Ouf ,il est 13h30 quand on se place aux catways. On est rincé. 1h et demie de sieste sera indispensable pour la récupération ! Des seaux d’eau continueront à tomber dans l’après-midi, mais on s’en moque !!!

Mercredi 29 septembre : Morgat-Sein

     Départ : 10h. On avait prévu de prendre 1 ris mais on le relâche dès le début car le vent est poussif surtout le long des falaises que longe ENAWEN. En effet ce n’est pas violent, çà avance couci-couça, cahin-caha ( termes techniques peu usités dans le domaine de la voile !)  jusqu’au Cap de la Chèvre où le vent forcit vraiment. La mer est formée et on est encore une fois bien secoué.

    On joue du génois plus ou moins réduit pour rester en visu, on laisse Tévennec sur babord et on arrive à Sein en ayant fait un seul bord et à une bonne vitesse moyenne. BRIDAN manque de louper l’entrée du port, d’habitude abordé par l’Est… il avait  perdu le Nord !

     Une bonne sieste après avoir mouillé l’ancre à 14h45. Et après  un dîner (trop) copieux au Tatoon, c’est le retour en annexe à nos bateaux dans la nuit noire… bien transpercée par la lampe frontale du patron passeur Enawennien.

Jeudi 30 septembre : Sein-Kérity

     Dernière étape vers Kérity qui commence de bonne heure pour Michel qui a une fois encore maille à partir avec son ancre « soc de charrue » qui a dérapé au petit matin. Prévenu par son alarme de mouillage, il remonte l’ancre en avançant dessus au moteur et remet la pioche 50 mètres plus loin. Coté vent, ça s’est levé aussi de bonne heure et la décision est cette fois irrévocable on prend 2 ris dans la grand-voile et on les garde !

     Et on a drôlement bien fait, car si coté marmites on n’a quasiment rien eu, coté gros bouillon, c’est plutôt avec ce qui est sorti des marmites, qu’on a dégusté. Une « ragougnasse » bien froide, faite de vagues houleuses mal lavées, assaisonnées de vents mal préparés aussi nerveux que rafaleux ! Mais il existe aussi des gourmets pour sensations fortes 😊

     Coté chiffres, c’est efficace : 29 Nm parcourus entre 9h départ Sein et 14h00 arrivée à Kérity. Soit près de 6 nœuds de moyenne.

     Coté sensations, du plaisir pour ENAWEN, de l’inconfort pour BRIDAN, ce qui lui fait rendre hommage à son port d’attache. A la façon de « Qui voit Molène, voit sa peine »  « Qui voit Ouessant, voit son sang » « Qui voit Sein, voit sa fin »…..  on pourrait rajouter :

« Qui voit Kérity, reprend vie »

Daniel Derchue

 

Bilan de la saison

     Adaptabilité à la météo et aux souhaits des participants, mise en place des plans B, resteront les maîtres mots de cette saison 2021.

     Une trentaine de sorties pour plus de 90 jours de mer ont été proposées aux adhérents du Vent des Etocs lors de nos réunions hebdomadaires du lundi soir.

     Principalement des sorties à la journée ou sur deux-trois jours, mais aussi trois croisières d’une dizaine de jours et une d’un mois ont été effectuées.

     La saison se termine, les sorties de l’eau s’enchaînent et permettent de se retrouver encore et toujours sur le port de Kérity.

     Sera ensuite venu le temps de nos rencontres hivernales qui nous permettent de nous réunir un jeudi sur 2 pour des animations et des sorties sur des sujets en rapport avec la navigation et la mer.

Bonne fin de saison 2021 à tous

Michel Labidurie

Vidéo (4mn 43s)


5 commentaires

  1. Du danger, des moutons, du suspense, de l’action : bravo les garçons ! Et quel chroniqueur !

  2. Encore bravo pour ce récit !
    J’ai bien senti que Michel était un peu déçu de ne pas trouver quelques lentilles dans le cassoulet !😉

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